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La mouvance djihadiste est compliquée à définir. Son histoire est faite de divisions et de luttes pour le pouvoir. Ses contours sont flous et, surtout, évoluent rapidement. 

 Le point commun entre les différents groupes djihadistes reste toutefois l’adoption d’une idéologie : le salafisme-djihadisme, qui entend imposer au plus grand nombre (par la violence) l’application de la loi islamiste (la charia). Depuis quelques années, deux entités se disputent la tête du mouvement : al-qaida et daech

1. al-qaida, pilier historique de la mouvance

Al-qaida est une organisation terroriste créée dans les années 1980 par Oussama Ben Laden, fils d’un riche entrepreneur saoudien, et Abdallah Azzam, théoricien d’origine palestinienne. Leur but : faire venir des combattants arabes en Afghanistan pour lutter contre les troupes soviétiques qui occupent alors le pays. Dans un livre publié au milieu des années 1980, Azzam révolutionne la notion de djihad en faisant du combat en Afghanistan une obligation pour tous les musulmans.

Rejeté par l’Arabie Saoudite au moment de la crise du Golfe de 1990, Oussama Ben Laden rompt avec le régime et porte désormais son combat contre les États-Unis, allié des Saoudiens. En 1996, il s’installe en Afghanistan, où les Talibans ont pris le pouvoir, et multiplie l’organisation d’attentats contre les Américains : en 1998 contre les ambassades de Tanzanie et du Kenya (plus de 200 morts) ; en 2000 contre un navire de guerre américain au Yémen (17 marins tués) ; le 11 septembre 2001 au World Trade Center de New York et au Pentagone de Washington (2 977 morts et plus de 6 200 blessés). La communauté internationale exige des Talibans qu’ils livrent Ben Laden. Devant leur refus, le régime taliban est renversé, les camps d’entraînement djihadistes détruits, des combattants neutralisés et des chefs mis en fuite. Al-qaida est forcée de se transformer pour survivre.

2. Décentralisation et expansion d’al-qaida dans le monde

Pour survivre, al-qaida va adopter une stratégie de décentralisation dans le droit fil des thèses de son théoricien al-Suri. D’une part, l’organisation se lance dans la création de « franchises » dans différentes parties du monde musulman. D’autre part, elle commence à faire d’internet un outil pour susciter des vocations djihadistes. Une première « franchise » voit le jour en Irak, en 2004, sous le commandement du Jordanien Abou Moussab al-Zarquaoui. À la mort de celui-ci, ses successeurs, Abou Ayoub al-Masri et Abou Omar al-Bagdadi, proclament un « État islamique d’Irak ». Cette initiative aggrave les tensions entre leur groupe et al-qaida.

En 2007 et 2009, deux autres « franchises » sont créées : la première en Afrique du Nord, al-qaida au Maghreb islamique (AQMI), la seconde au Yémen, al-qaida dans la péninsule arabique (AQPA). Après avoir cherché à étendre son influence dans la zone sahélienne, et notamment au Mali, AQMI a été stoppée dans ses velléités expansionnistes par l’opération militaire française Serval. De son côté, AQPA fait l’objet d’un regain d’activité depuis le déclenchement de la guerre civile au Yémen.   

3. L’impact de la guerre en Syrie : la naissance de daech

Lors de la première année de la révolution syrienne, Abou Bakr al-Baghdadi, émir de l’État islamique d’Irak – il a succédé à Abou Omar al-Baghdadi mort en 2010 –, envoie quelques hommes sur place pour évaluer les opportunités d’implantation des djihadistes. Il met à leur tête le Syrien Abou Mohammed al-Jolani, qui crée le groupe jabhat al-nosra. Au fur et à mesure que la révolution dégénère en guerre civile, jabhat al-nosra gagne en influence et en autonomie. Il finit par rompre avec al-Bagdadi pour se rapprocher d’al-qaida. De son côté, « l’état islamique d’Irak » devient « l’État islamique en Irak et au Levant », désigné par l’acronyme arabe DAECH. C’est le commencement de multiples affrontements inter-djihadistes entre al-qaida et daech. Daech accumule les conquêtes, s’empare de Mossoul, 2e ville d’Irak, en juin 2014. « L’état islamique » abolit ensuite la frontière irako-syrienne et annonce le rétablissement du califat. Abou Bakr al-Baghdadi se proclame calife. La rupture entre al-qaida et daech prend une dimension mondiale. Les factions des deux organisations doivent prendre parti : alors que boko haram au Nigeria et ansar baït al-maqdis en Égypte se rallient à daech, AQMI et Al Shebab restent fidèles à al-qaida. 

4. Quel avenir pour la mouvance djihadiste ?

La stratégie expansionniste et ultra violente de daech accroît le nombre de ses ennemis. Depuis le début de la guerre en Syrie, la Russie et l’Iran se posent en soutiens du régime de Bachar al-Assad. À l’été 2014, une coalition militaire internationale à laquelle participe la France, intervient dans le conflit sans pour autant soutenir le régime en place. Le recul de l’organisation terroriste est progressif. Entre la fin de l’année 2014 et l’été 2016, daech perd 25 % de ses territoires. En même temps, les observateurs notent une progression de jabhat al-nosra qui, malgré sa récente rupture officielle avec al-qaida, semble n’avoir pas changé la nature djihadiste de son idéologie. 

Aujourd’hui, nul ne peut véritablement dire comment la mouvance s’apprête à évoluer. Du fait de leur proximité idéologique, un rapprochement entre daech et al-qaida est envisageable. Par ailleurs, le recul de daech en Syrie et en Irak risque de provoquer le retour de milliers de combattants, dans le monde musulman et au-delà : une transformation des scènes djihadistes locales est donc à prévoir. Si de nombreuses interrogations demeurent, il est sûr que la nébuleuse djihadiste n’a pas fini d’évoluer et conserve un potentiel de nuisance très élevé.

 

Crédit photo : BedirKhan Ahmad / Tranterra Media

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